PETITE HISTOIRE DE LA CAMPAGNE DE GRIPPE PORCINE DE 1976
Nombreux sont les spécialistes en santé publique qui ont de sérieuses réserves sur l'utilité d'une telle manipulation par la peur. Tous se souviennent de la campagne de 1976 contre la grippe porcine et des scandales, mis à jour quelques années plus tard, dont elle fut entachée.
Dans un camp militaire de l'État du New Jersey, en janvier 1976, un homme meurt de la grippe. La coupable: une mutation du virus de la grippe porcine rappelant l'origine de la meurtrière grippe espagnole.
Le Center for Desease Control, du gouvernement fédéral américain, réunit des experts sur la question. Ceux-ci, peu surpris car il est connu que le virus de l'influenza connaît des mutations à tous les 10 ans environ, reconnaissent un danger potentiel. Aucun consensus sur la nécessité d'une action immédiate ne se dégage toutefois.
Le mémo que reçoit la Maison Blanche peu après recommande néanmoins un programme de vaccination générale de 134 millions de dollars! Le risque de pandémie est évoqué dans ces termes: «Strong possibity with probability unknown»1 (Forte possibilité, probabilité inconnue.)
Aussitôt, une énorme machine bureaucratique se met en branle. Le président Ford s'associe personnellement à la campagne, sans pourtant être bien renseigné sur son déroulement. Devait-il hésiter? Le mémo seul constituait une épée de Damoclès au milieu d'une campagne électorale difficile. On dégage des millions de dollars pour vacciner sur-le-champ la population entière des Etats-Unis d'Amérique: 220 millions de vaccins!
Or, que se produit-il ? Tout avait été planifié trop vite. Des problèmes de manufacture, de stocks et de distribution ralentissent l'opération. Une épidémie d'un autre virus d'influenza se déclare alors que toutes les ressources sont mobilisées par la première alerte. De plus, on constate après-coup une incidence du vaccin sur le déclenchement du syndrome de Guillain-Barré, lequel s'accompagne de paralysie et provoque parfois la mort. Le vent tourne. La population proteste et on interrompt le programme en décembre avant d'avoir distribué le quart des vaccins prévus.
Coût de l'opération: plus de 500 victimes du syndrome Guillain-Barré (directement lié au vaccin) dont 25 morts, plusieurs millions de dollars pour les vaccins et la distribution, sans compter les nombreuses poursuites judiciaires intentées contre le gouvernement.
Et la pandémie? Elle ne se produisit jamais. Le virus disparut de lui-même sans avoir fait d'autre victime que ce militaire de la base de Fort Dix qui fut à l'origine de toute l'affaire.
1. The Swine Flu Affair: Decision-Making on a Slippery Disease, Richard E. Neustadt and Harvey V Fineberg, DHEW, 1978
2. Cité en anglais dans The Swine Flu Affair: Decision-Making on a Slippery Disease, Richard E. Neustadt and Harvey V Fineberg, DHEW, 1978, p.12
Nombreux sont les spécialistes en santé publique qui ont de sérieuses réserves sur l'utilité d'une telle manipulation par la peur. Tous se souviennent de la campagne de 1976 contre la grippe porcine et des scandales, mis à jour quelques années plus tard, dont elle fut entachée.
Dans un camp militaire de l'État du New Jersey, en janvier 1976, un homme meurt de la grippe. La coupable: une mutation du virus de la grippe porcine rappelant l'origine de la meurtrière grippe espagnole.
Le Center for Desease Control, du gouvernement fédéral américain, réunit des experts sur la question. Ceux-ci, peu surpris car il est connu que le virus de l'influenza connaît des mutations à tous les 10 ans environ, reconnaissent un danger potentiel. Aucun consensus sur la nécessité d'une action immédiate ne se dégage toutefois.
Le mémo que reçoit la Maison Blanche peu après recommande néanmoins un programme de vaccination générale de 134 millions de dollars! Le risque de pandémie est évoqué dans ces termes: «Strong possibity with probability unknown»1 (Forte possibilité, probabilité inconnue.)
Aussitôt, une énorme machine bureaucratique se met en branle. Le président Ford s'associe personnellement à la campagne, sans pourtant être bien renseigné sur son déroulement. Devait-il hésiter? Le mémo seul constituait une épée de Damoclès au milieu d'une campagne électorale difficile. On dégage des millions de dollars pour vacciner sur-le-champ la population entière des Etats-Unis d'Amérique: 220 millions de vaccins!
Or, que se produit-il ? Tout avait été planifié trop vite. Des problèmes de manufacture, de stocks et de distribution ralentissent l'opération. Une épidémie d'un autre virus d'influenza se déclare alors que toutes les ressources sont mobilisées par la première alerte. De plus, on constate après-coup une incidence du vaccin sur le déclenchement du syndrome de Guillain-Barré, lequel s'accompagne de paralysie et provoque parfois la mort. Le vent tourne. La population proteste et on interrompt le programme en décembre avant d'avoir distribué le quart des vaccins prévus.
Coût de l'opération: plus de 500 victimes du syndrome Guillain-Barré (directement lié au vaccin) dont 25 morts, plusieurs millions de dollars pour les vaccins et la distribution, sans compter les nombreuses poursuites judiciaires intentées contre le gouvernement.
Et la pandémie? Elle ne se produisit jamais. Le virus disparut de lui-même sans avoir fait d'autre victime que ce militaire de la base de Fort Dix qui fut à l'origine de toute l'affaire.
1. The Swine Flu Affair: Decision-Making on a Slippery Disease, Richard E. Neustadt and Harvey V Fineberg, DHEW, 1978
2. Cité en anglais dans The Swine Flu Affair: Decision-Making on a Slippery Disease, Richard E. Neustadt and Harvey V Fineberg, DHEW, 1978, p.12

